« What works ? » : maintien de l’ordre fondé sur les données probantes et cybercriminalité.

L’omniprésence des technologies dans nos vies qutodiennes a non seulement modifié nos manières d’agir et d’interagir entre nous, mais aussi la manière de commettre des délits. En effet, l’accessibilité mondiale d’Internet, offre de nombreuses opportunités de commission d’infraction criminelle, qui se veulent de plus en plus fréquentes et sévères. Cet article porte sur des infractions reliées à la cybercriminalité telles que la pornographie juvénile, la fraude ou le piratage informatique.

Les forces de l’ordre ne semblent pas être aptes à répondre adéquatement à la hausse de ces crimes commis dans le cyberespace. Des centaines de milliers de cas ne sont pas dénoncés à la police. Par exemple, au Royaume-Unis, on estime que seulement 150 incidents sont rapportés à la police alors que le nombre de délits s’approcherait autour d’un million (Wall, 2002). Ce faible taux de dénonciation démontre les lacunes importantes des institutions policières à répondre à ce type d’infraction ainsi que la perception de la population de inefficacité des forces de l’ordre à répondre à la cybercriminalité.

Cette problématique a amené les chercheurs, Jacek Koziarski et Jin Ree Lee, a utiliser une approche policière fondée sur des preuves afin de déterminer ce qui fonctionne dans les interventions policières en matière de cybercriminalité. Le but de cette approche est d’améliorer le taux de résolution des cybercrimes, et par conséquent, augmenter le taux de dénonciation dans la population. Ils proposent alors de faire le lien entre la cybercriminalité et l’approche fondée sur des données probantes afin de développer et d’élargir les connaissances sur les facteurs associés à la cybercriminalité. Cette approche, connue sous le nom “maintien de l’ordre fondé sur les données probantes” (« Evidence-based policing » (EBP) en anglais), met en relation les policiers, les civils travaillant pour les organisations policières et les chercheurs scientifiques dans le but de créer et réviser les meilleures pratiques policières. Dans ce type d’approche, des cas pratiques sont utilisés à titre d’exemple de bons et de mauvais coups, dans le but d’améliorer continuellement les procédures utilisées et d’élargir les connaissances.

Les auteurs ont analysé trois cas de cybercriminalité : l’extorsion d’Amanda Todd, le piratage d’Ashley Madison et la violation de données cibles de 2013. Ces cas ont été spécifiquement choisis en raison de leur popularité dans les médias, de la réaction émotive qu’ils ont suscité et du nombre de victimes qu’ils ont causé. L’objectif de l’étude était d’examiner les multiples défis associés aux forces de l’ordre nationale et internationale dans la résolution de ces délits. Selon les auteurs, l’apport des recherches et des praticiens dans l’analyse de la réponse policière à la cybercriminalité peut avoir un impact positif sur la capacité et la légitimité des policiers à répondre aux crimes ce pourquoi il est pertinent d’utiliser les données probantes.

Les résultats de leur analyse de cas montrent que le maintien de l’ordre fondé sur les données probantes peut améliorer significativement la réponse des agences policières aux crimes informatiques. Particulièrement, cela permet aux forces de l’ordre d’être plus efficaces dans le traitement des plaintes. Une meilleure compréhension d’un délit et des meilleures pratiques à utiliser dans certaines situations permettent de cibler plus rapidement et de monopoliser les ressources nécessaires afin de résoudre les cas, ce qui est autant bénéfique pour les institutions que pour les victimes.

Cet article permet de démontrer l’efficacité de l’approche fondée sur les preuves reliées à la cybercriminalité. Cette méthode permet une meilleure réponse de la police face aux appels de services, de mieux gérer les ressources policières, et ce, tout en améliorant la relation primordiale entre la population et les services policiers. Une telle approche est pertinente autant pour les forces de l’ordre, les experts en cybersécurité et les chercheurs qui désirent trouver les meilleures méthodes à appliquer.

Pour citer l’article: Koziarski, J. and Lee, J.R. (2020), « Connecting evidence-based policing and cybercrime », Policing; An International Journal, Vol. 43 No. 1, pp. 198-211.

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